Introduction

Le projet Fructis est une recherche financée avec le soutien de la Communauté française de Belgique (actions de recherche concertées) – Académie Universitaire Wallonie-Europe.

Les changements climatiques, les pandémies, les problèmes environnementaux, les nanotechnologies ou encore les biotechnologies sont autant de phénomènes qui nous obligent à repenser les relations entre nature, science et société. Dans cette perspective, la nature a perdu son statut privilégié d'objet dont les lois sont extérieures aux activités humaines. Aussi, l'intime interconnexion des processus naturels et sociaux, plus particulièrement visible dans le développement des sciences et des techniques, est porteuse de complexité, elle-même source de nouvelles incertitudes. Si l'incertitude a toujours accompagné la démarche scientifique au point d'en constituer une dimension intrinsèque fondamentale, elle pose cependant un certain nombre de problèmes lorsqu'elle se pense en dehors des laboratoires de recherche scientifique. Les controverses sont les indicateurs de cette incertitude qui place les scientifiques au centre de débats aux fortes dimensions éthiques, politiques et sociales.

Partant d'une approche interdisciplinaire (sciences juridiques, ethnologie, philosophie, sciences de l'environnement et science politique), l'objectif de ce projet de recherche est de tester l'hypothèse que ces controverses scientifiques et sociales, généralement considérées comme des obstacles à l'innovation et à la prise de décision, sont au contraire une source d'innovation et de création tant sur le plan de la connaissance que sur celui de la politique et de l'éthique.

Cette étude des controverses scientifiques et sociales en contexte de grande incertitude, contribuera à une cartographie des politiques contemporaines de la nature et se fondera sur la réalisation de différentes études de cas sur des controverses impliquant des membres de la communauté scientifique (essentiellement de l'Académie Wallonie-Europe) et des publics locaux.

Les principales orientations de recherche seront les suivantes :

  • Analyse des régimes de production scientifique, des trajectoires d'innovation et des modes d'implication du public ;
  • Étude du rôle actif des êtres vivants en contexte controversé ;
  • Étude de la signification et des utilisations du concept de nature dans les controverses, entre stratégies de naturalisation et biopolitique ;
  • Analyse de pratiques de diagnostic en situation de haute incertitude : questionnement sur la distinction classique entre approche spéculative et approche empirique ;
  • Évaluation de l'intérêt épistémologique et politique des méthodes participatives ;
  • Analyse des liens entre incertitude, controverses et construction sociale des mythes.

Les résultats escomptés sont les suivants :

  1. Élaboration et institutionnalisation d'une mémoire collective des controverses en termes d'expérience et d'expertise qui pourrait être utilisée au service d'une pédagogie des controverses au sein de l'Académie Wallonie-Europe ;
  2. Dissémination au-delà de l'ULg du potentiel de créativité (épistémologique, éthique et politique) des controverses ;
  3. Création d'une interface entre communauté scientifique et société sous la dénomination de « Centre d'expertise critique des politiques de la nature ».